Fonder le scoutisme catholique

04/08/2017

Baden Powell disait : « Celui qui a le mieux compris et réalisé ma pensée est un religieux français ».

En effet un jeune jésuite Français s'est intéressé à la méthode scoute durant ses études en Angleterre, c'est le Père Jacques Sevin. Lors d'un voyage pour ses études en 1913 le père Sevin va découvrir des scouts et des troupes scoutes. Il va alors s'intéresser à ces jeunes qui font grand bruit à l'époque. En France, le scoutisme issu de traditions indiennes et africaines possédait mauvaise presse auprès des institutions. Le scoutisme est même vivement critiqué, les autorités religieuses ayant peur de voir émerger une « religion de l'honneur », assez peu compatible avec le christianisme.

Pour être sûr de comprendre l'essence du scoutisme, le Père Sevin s'intègre aux troupes scoutes londoniennes, regarde, prend des notes, rédige ses réflexions et ira même rencontrer Baden-Powell avec lequel il va sympathiser. Ses notes aboutiront au livre intitulé "Le Scoutisme" qui sera publié en 1922.

Le Père Sevin, aux travers de ses notes, va découvrir des axes d'amélioration de la pédagogie du scoutisme, et va les écrire en demandant toujours son approbation au Chef mondial Baden-Powell. Puis, en 1917, le Père Sevin prononce ses vœux définitifs et commence à travailler sur le scoutisme en fondant des troupes clandestines, car les scouts étaient considérés comme une aberration et un scandale tant pour les autorités religieuses que pour la société civile. Les intellectuels français pensent d'ailleurs que cette activité ne passionnera jamais un jeune citoyen français, car elle a été créée par un Anglais.


Le père Sevin s'attache donc à montrer que le scoutisme est valable. Il écrit la prière scoute et il ajoute au symbole scout (la fleur de lys choisi par BP) la Croix potencée de Jérusalem. Ces deux symboles sont toujours utilisés de nos jours par les groupes scouts. 


En 1919 le Père devient professeur au collège de Metz : à cette occasion il va rencontrer le Chanoine Cornette, qui est lui aussi l'un des premiers défenseurs du scoutisme. Le chanoine Cornette sera le fondateur officiel des scouts de France car l'ordre des Jésuites n'autorisait pas la nomination du Père Sevin à ce rôle... Néanmoins, en 1920, le Père Sevin peut créer la Fédération Catholique du Scoutisme dont le but est d'œuvrer pour la paix et la fraternité après la 1ere Guerre Mondiale. La même année le Père Sevin devient Commissaire National et Secrétaire des Scouts de France. C'est à ce titre qu'il participe au premier Jamboree de Londres.

En 1921, le Père Sevin reçoit la plus haute distinction du Scoutisme : le Loup d'argent (récompense aussi portée par Baden-Powell).


L'année suivante sera l'une des plus importantes pour le scoutisme Français, car le Père Sevin organise le premier camp national de formation des chefs, dans le parc du château de Chamarande (Essonne). En même temps son livre Le Scoutisme » est publié, synthèse claire et complète de ses notes, approfondissements et expériences sur le terrain. Pendant plus 50 ans, « Le Scoutisme » fera office de livre de formation et d'explication du scoutisme français.

Le Père Sevin est de fait la première et seule personne ayant reçu du Chef scout mondial l'autorisation d'ouvrir un camp de formation des chefs en dehors de l'Angleterre. La France est d'ailleurs le seul pays à avoir pu mettre en place la tradition des « bûchettes » à la suite de l'Angleterre.

Cette tradition s'explique par l'histoire de BP. En effet, lors d'une de ses campagnes militaires en Afrique, il avait fait arrêter un chef de tribu après une longue bataille. Ce chef lui avait remis un collier de cent « bûchettes » de bois pour sa bravoure et son intelligence. Chacune d'entre elle représentait une victoire que le chef africain avait remportée sur d'autres tribus.

Lorsque le scoutisme prend son essor, BP a l'idée de sanctionner tous les chefs ayant fini leur formation par la badge de bois ou « bûchette ». La badge de bois permet ainsi de différencier un chef formé d'un chef nouvellement arrivé.

Cette tradition est toujours extrêmement forte dans le scoutisme en France.

Infatigable, voyageant aux quatre coins de France, le Père Sevin a aussi vu dans le scoutisme la possibilité de former une élite de jeunes catholiques qui serait au service des autres en toutes circonstances. Pour cela, il a comme projet de fonder l'Ordre Scout. Cet Ordre serait tenu et géré par des prêtres et perpétuerait le développement des bonnes pratiques et du bon esprit du scoutisme, permettant à des jeunes de devenir une sorte de « laïcs consacrés ». 

Les textes fondateurs de l'Ordre et les engagements que les membres devaient prendre se rapprochaient des textes de chevalerie.

Cette idée ne verra cependant jamais le jour car l'ordre des Jésuites s'y opposait et les responsables scouts n'étaient pas d'accord. Le fait que les cérémonies soient secrètes et cachées leur faisait appréhender le développement d'une secte.

Cette opposition sourde qui suivait le Père depuis le début du scoutisme catholique finit par conduire à son éviction...

En 1933 le Père Sevin se voit pousser hors du scoutisme contre son gré. Il continue à être aumônier pour des groupes scouts puis il fonde une congrégation religieuse à partir d'un groupe de prière composée de cheftaines (les Sœurs de la Sainte-Croix de Jérusalem) qui porte comme emblème la même croix potencée que les scouts.