La pédagogie scoute selon le père Sevin  (partie 2)

23/01/2018

Aventure et épreuves de progression, l'uniforme, la devise


Un appel à l'Aventure

Une grande partie de la vie scoute se déroule en extérieur, la nature permettant à l'homme de se retrouver dans des conditions différentes et parfois difficiles. Les jeunes ne sont pas habitués à vivre dehors quel que soit le temps. En camp, les scouts doivent apprendre à s'installer pour avoir un lieu de vie confortable. Les chefs réservent donc un temps au début de chaque camp pour que les scouts construisent des tentes (surélevées, à plusieurs étages), des toilettes, des tables de cuisine (dites "tables à feu", qui permettent de disposer d'un foyer en hauteur), un vaisselier et une table pour manger.

Ces jours d'installation sont très importants pour l'aventure du camp car les jeunes utilisent des outils tels que scie et hachette, coupent des arbres, portent des troncs, élèvent des mâts, allument des feux, choses qu'ils n'ont souvent pas l'habitude de faire avec leurs parents... ils ont alors une responsabilité qui ne leur est donnée que dans le cadre scout : l'aventure commence.

« En somme, avec dix francs par jours, actuellement, nous vivons un peu comme les bohémiens, mais heureux comme des rois... ou plutôt comme des chrétiens qui, volontiers et de bonne humeur, se contentent de peu.»                                                                                                 Père Sevin

Une progression par "épreuves"


> Etoiles et badges

Pour développer les cinq buts, et passionner les jeunes, les fondateurs ont eu l'idée de proposer aux garçons une progression. Des livres d'épreuves ont été publiés, pour les louveteaux comme pour les scouts. Les étapes de la progression se nomment "étoiles" dans le louvetisme et "classes" dans le scoutisme. Pour valider la première et la deuxième étoile ou la deuxième et première classe, le candidat doit montrer à la fois ses compétences techniques mais aussi son bon esprit scout et sa progression dans les cinq buts du scoutisme. Et lorsque le scout maîtrise une certaine technique il peut prétendre au badge, un écusson de tissu à coudre sur la chemise pour montrer à tous son bon niveau. De plus, il doit épauler un candidat plus jeune que lui, mais aussi s'assurer de donner le meilleur exemple possible à ses subordonnés (la hiérarchisation des garçons est un puissant moteur, en particulier pour les adolescents) et doit être prêt à aider chaque membre de sa sizaine ou de sa patrouille.

En d'autres termes, les badges et les étapes de progression poussent le scout à aller contre son instinct de paresse. Le garçon doit commencer par se motiver lui-même pour faire quelque chose de bien, quelque chose d'utile pour les autres mais aussi pour lui-même. Ainsi lorsqu'il doit expliquer à un garçon plus jeune que lui les secrets d'une transmission radio réussie, il sort de lui-même pour aller à la rencontre de l'autre et se rend utile au groupe qu'il fait grandir en compétence.

> L'uniforme

Le port des badges et étoiles permettant à tout un chacun de repérer en un coup d'œil les compétences du louveteau ou du scout, c'est pour cela qu'il important de porter son uniforme et d'en être fier.

Le but de l'uniforme est d'harmoniser toutes les personnes du mouvement. En effet, il ne serait pas juste que l'uniforme marque la différence de richesse entre les enfants : un tel est riche, il a une chemise de marque mais lui est pauvre et sa chemise est en toile brute. Tous ont le même uniforme car tous ont les mêmes chances au sein du scoutisme.

Vous allez dire "mais les badges créent des différences alors pourquoi uniformiser les vêtements ?". En réalité, les badges dépendent véritablement de la volonté du scout : un scout de 15 ans à la troupe depuis 3 ans, qui n'a pas de badges sur sa chemise, a presque à coup sûr a fait le choix de ne pas progresser. Il se marginalise lui-même.

L'idée des fondateurs était qu'au bout d'un mois au sein du groupe, les loups ou les scouts aient déjà commencé leur progression vers des badges et vers leur promesse. Trois à quatre mois après leur arrivée, s'ils sont motivés, les jeunes peuvent prononcer leur promesse.

L'autre intérêt important de l'uniforme est de pousser les jeunes à devenir responsables de leurs actes.

Imaginons des jeunes dans une rue. Une dame âgée passe devant eux et va retirer de l'argent. A ce moment-là, une personne arrive et agresse la dame âgée. Nos jeunes prennent alors la fuite sans aider la dame. Les passants hocheront la tête : c'était des jeunes, ils avaient peur, ne savaient pas régir, ce n'est pas grave... ils auraient pu mais tant pis...

Imaginons la même scène avec des scouts en uniforme. Que diraient les passants ? Ils diraient "les scouts sont des poltrons et des couards, ils ne savent qu'aller s'amuser dans les bois !"

Un scout avec un uniforme est identifiable et les non-scouts s'attendent instinctivement à ce qu'il applique l'article 3 "le scout est fait pour servir et sauver son prochain"...

L'uniforme pousse le scout à se chercher et à se dépasser pour l'honneur des scouts, de l'uniforme, de ses chefs, et le sien. Rappelez-vous, c'est ce qu'il a promis lors de sa promesse.

Une devise pour la vie

Les trois tranches d'âge du scoutisme possèdent une devise et une couleur qui leur sont propres.

La devise des louveteaux est : « De notre Mieux » et leur couleur est le Jaune.

La devise des scouts est : « Toujours Prêt » et leur couleur est le Vert.

La devise des routiers est : « Servir » et leur couleur est le Rouge.

Une fois toutes les étapes de la vie scoute franchie, les aînés qui ont achevé leur progression prennent pour devise : « De notre mieux toujours prêts à Servir » et portent sur leurs manches des bandes de tissus (des "flots") des trois couleurs. Cette tradition est issue du Cérémonial du Départ Routier de 1920 où il est dit :

Jaune, vert, rouge pour te rappeler à toutes les minutes qu'en toi doit vivre tout le scoutisme, et qu'un Routier est un Scout complet.